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23—25.05.2022 Colloque scientifique de Dak'art. La biennale de Dakar, 2022.

Musée des Civilisations noires, Dakar (Sénégal)

Les rencontres-échanges s’inscrivent dans le thème général du Dak’art 2022 «Ĩ NDAFFA# /FORGER /OUT OFTHE FIRE ». Ĩ NDAFFA s’inspire de I NDAFFAX qui - en langue sérère - invite à la forge.Le terme énonce aussi bien la liberté de transformer que les multiples possibilités du créer. Ainsi sont suggéréesl’alchimie de la forge et l’action transformatrice qui mène vers une nouvelle étape. Aussi, l’édition 2022 de labiennale de Dakar invite à la transmutation des concepts et à la fondation de nouveaux sens. Forger renvoie à l’actede transformer une matière, le plus souvent du métal, et dans plusieurs langues, il eut le sens aujourd’hui tombé dansl’oubli de créer, d’imaginer et d’inventer. Il s’agit donc de construire de nouvelles écritures plastiques, de nouveauxsavoirs et savoir-faire, qui intègrent les lectures africaines, aux fins de forger des regards et outils susceptibles denous aider à relever les défis contemporains et aboutir ainsi à la construction sans cesse renouvelée d’un sens nouspermettant de mieux appréhender la complexité du monde.A cet effet, les questions qui suivent seront explorées lors des rencontres-échanges de la biennale 2022 de Dakar.

1. Grammaires de la création, gisements de savoirs et discontinuités dans l’artcontemporain Africain

Forger de nouvelles approches de l’Histoire de l’art au XXIe c’est reconsidérer les contextes d’émergence du savoirqui le fonde. Les histoires culturelles africaines n’ont pas suffisamment informé l’appréciation des objets esthétiquesde l’art contemporain. Puiser dans les sources des connaissances esthétiques africaines et intégrer sesreprésentations du monde, ouvrirait la voie à de nouvelles méthodologies et enrichirait le corpus doctrinaire del’Histoire de l’art. Il s’agit aussi de repenser et donc de réorganiser les temporalités traditionnelles liées à l’histoire del’Art, en y intégrant des temps composites et non linéaires de l’historiographie Africaine. En somme il s’agit d’analyserla contribution de l’art contemporain Africain à l’histoire de l’art.

2. La constitution d’une archive Africaine

Pourquoi constituer une archive africaine. Comment la constituer, en vue de quoi ? Généralement, le rôle dévolu àl’archive est de préserver le passé et la mémoire des sociétés en conservant sa trace. La question de l’archive sera icienvisagée dans la perspective de la constitution d’une archive pour le futur. Plus que conserver une trace du passé etla préserver des outrages du temps, il s’agit aussi d’envisager l’archive comme un artefact dont la puissance degermination affecte les temps présents et contribue à la construction des temps à venir. Aussi, il s’agira d’interrogerau travers de ses productions artistiques, le rapport des sociétés africaines à la mémoire et à l’oubli, et questionner lamanière dont l’archive est rendue vivante par un art conscient de l’oubli. Celle-ci, en consentant à l’obsolescenced’une partie de la matrice culturelle, libère de l’espace pour la créativité et l’inventivité.

3. Patrimoine et droits humains

Le débat sur la restitution du patrimoine africain a été concomitant avec plusieurs évènements qui ont marquél’actualité de ces dernières années, notamment un débat sur la place des statues et monuments dans l’espace publicqui s’est posé en Afrique du Sud (Rhodes must fall), aux États-Unis, et en Europe, où des figures du colonialisme sontencore fortement représentées dans l’espace public. Les ombres racisme et de la violence policière aux USA (mortde George Floyd & Mouvement Black Lives Matter) se sont à nouveau propagées et ceci est à lier avec la nécessairedéconstruction de la matrice des discours et des imaginaires du racisme. Tout ceci interroge le statut et le rôle dupatrimoine, sa constitution ainsi que sa sélection au regard de l’histoire. On note une proximité de plus en plus étroiteentre le patrimoine, la justice sociale et les droits humains.Le débat sur la restitution des biens culturels africains, au-delà de la revendication de la liberté de disposer librement des objets créés par sa culture et ses aïeuls, affirme ledroit de décider des signes et symboles représentés dans les lieux de mémoire, ainsi que des sens et dessignifications que l’on souhaite promouvoir, par exemple en évitant ceux dont les discours font l’apologie du racisme.Dans quelle mesure ces débats sont-ils le signe d’une évolution de la notion de patrimoine dont le sens est de plus enplus lié aux questions sociales et aux droits humains, ainsi qu’à la volonté de changer de monde en travaillant sur lessymboles, les discours et représentations et leurs effets psychiques, ainsi que la pluralité des significations desévènements historiques ?