Ma recherche interroge les apories de la conservation préventive dans les musées d'ethnographie et d'histoire naturelle. Elle prend comme point de départ la simultanéité de l'essor de la conservation en tant que science et l'apogée des collections coloniales à la fin du 19ème siècle, et accorde une attention particulière à « l'âge de la chimie » de l'après-guerre. En tant que lieux dédiés à la conservation, les musées promettaient de minimiser la dégradation des objets, et obtenaient une « prolongation de la durée de vie » en isolant les artefacts des environnements vivants, tant sur le plan culturel que matériel. Aujourd'hui, les demandes de restitution et les pratiques transformatives remettent en question les musées en tant que vecteurs de la modernité impériale, et sont confrontées à l'altération durable des artefacts par les politiques de conservation, notamment dans le cas de la présence de biocides.
Le projet examine la toxicité dans les collections des musées dans le contexte des asymétries de pouvoir postcoloniales, des séquelles tardifs des traitements biochimiques, et des intersections des revendications de justice environnementale et culturelle. En rassemblant des documents d'archives, des images historiques et actuelles, des entretiens, des œuvres d'art et des contributions d'artistes, de professionnel.le.s des musées et de théoricien.ne.s issus de différents contextes géographiques, la recherche esquisse des scénarios potentiels pour les futures pratiques muséales au-delà des notions eurocentriques de collection, de conservation et d'exposition.